Hello les ami.es, le parcours que je vous propose de découvrir ce jour est celui de Marthe Girard, une femme passionnée par les orphelins ou les enfants privés de milieu familial. En effet, les recueillir est la mission dans laquelle elle s’est investie. Elle raconte la genèse de son engagement et insiste sur la dignité humaine que revêt chaque enfant à la naissance. Suivez son récit !

Je suis née à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, d’une famille de onze (11) enfants. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle est allée étudier en France et y a suivi une formation d’assistante sociale et d’économie rurale à l’école des Hautes études en sciences sociales. C’est à Paris que j’ai rencontré celui qui est devenu mon plus tard mon mari, Henri. Ce technicien agricole français voulait lutter contre l’avancée du désert. Il est parti au Burkina Faso où je l’ai rejoint et où nous nous sommes mariés.

Je suis chrétienne. Pour moi, la vie de Jésus est le meilleur modèle. Il est celui qui allait avec tout le monde, il ne jugeait personne. Il n’a pas seulement été un homme de prière : il était pratique. Et en même temps, il avait aussi une relation très profonde avec Dieu. Il savait à la fois s’isoler pour prier et aller vers les gens : les boiteux, les lépreux, les aveugles, les prostituées… J’ai voulu que ma vie soit un témoignage comme la vie de Jésus : pas seulement à l’église, mais au milieu des gens qui ne le connaissent pas. J’étais prête à aller partout.

Après notre mariage, nous nous sommes installés dans le petit village de Guiè situé à 60 km de Ouagadougou. Je suis alors passée de l’état de citadine à celui de villageoise. Quand on y arrive, on est frappé par l’absence de bruit. Dans la journée, les gens sont aux champs et le silence y est encore plus présent. Ici, on vit en communauté dans des concessions de plusieurs petites maisons en terre entourées elles-mêmes d’un mur en terre. En fin de journée, les membres des concessions reviennent des champs à pied, ou sur une petite charrette tirée par leur âne. A la saison des pluies, on est frappé par l’îlot de verdure de l’association mise en place par Henri.

Découverte d’un fléau

Quand je suis arrivée à Guiè, je ne savais pas ce que j’allais y faire. J’ai d’abord aidé mon mari dans son travail d’alphabétisation des jeunes. Et je l’ai aussi aidé dans la compréhension des réalités burkinabé. C’est peu à peu que j’ai découvert ce fléau qui m’était inconnu et qui est propre au milieu rural : l’abandon d’enfants considérés comme « maudits ». Les enfants en question sont issus de relation interdites, considérées comme incestueuses. Ils sont généralement le fruit de parents cousins plus ou moins éloignés. Selon la coutume, il n’est pas concevable de garder de tels enfants. Si bien qu’ils ne sont pas pris en charge de manière adéquate et meurent parfois faute de soins.

Une pouponnière et un centre de réhabilitation

Un jour, quelqu’un qui habitait à une douzaine de kilomètres de Guiè, est venu voir le chef du village pour lui dire qu’il y avait un enfant dont la mère était décédée. Le bébé était lui-même en train de mourir. Henri et moi avons accepté d’accueillir cet enfant. Quand j’ai vu dans quel état il était, je me suis mise à pleurer. Il pesait 2kg à 7 mois. Je n’ai pas dormi de la nuit. Très tôt le matin, la famille est revenue. Comme je lui avais donné à boire tout au long de la nuit, le bébé était réhydraté. Ils n’en revenaient pas. Aujourd’hui, cet enfant a presque 20 ans. Il a marqué pour nous le début d’une pouponnière que nous avons créée par la suite.

Parallèlement à cet accueil, j’ai créé un centre de réhabilitation nutritionnelle, où j’ai organisé des séances d’information alimentaire. Aujourd’hui, le travail accompli par la pouponnière et par le centre de réhabilitation nutritionnelle fait une différence majeure dans la vie des familles et des enfants. Quand nous avons commencé à accueillir les enfants, nous n’avions pas les moyens financiers de nous en occuper. Nous vivions au jour le jour. Certains jours, nous n’avions plus grand-chose à manger… c’est dans ces circonstances que nous avons sollicité l’aide de l’ONG SEL (Service d’entraide et de liaison), qui a décidé de soutenir notre budget alimentaire. Ça a changé tout. Grâce à une alimentation saine et équilibrée, nous avons vu que les enfants commençaient à prendre des joues ; ils tombaient de moins en moins malades. Il arrive pourtant que des enfants meurent. C’est le plus difficile. Tu culpabilises et tu te poses mille et une questions : et si j’avais fait ci… et si j’avais fait ça… Qu’est ce que je n’ai pas fait ? On ne s’habitue jamais à la mort d’un enfant.

Une action adaptée au contexte

Dans la région de Guiè, je me suis trouvée confrontée à diverses situations de détresse. J’ai su m’adapter et prendre en compte les diverses facettes de la réalité, en particulier conjuguer l’attention aux questions psychoaffectives et aux besoins nutritionnels. Pour moi, les deux doivent aller de pair. Un enfant qui a été confié à l’âge de quelques jours commence sa vie en collectivité et peut s’y intégrer plus facilement. Pour celui a vécu avec ses parents jusqu’à l’âge de 7 ou 8 mois, la situation est différente. Quand la maman meurt, l’enfant perd ses repères du jour au lendemain. Il se demande où elle est, ce qui se passe. Pour lui, c’est la fin du monde, la terre s’écroule. Il faut vraiment prendre soin de cet enfant. Aujourd’hui, nous disposons de quatre maisons, et l’enfant est accueilli dans l’une d’elles où il est pris individuellement en charge par une nourrice de référence.

Une vision qui s’élargit

Pour accueillir une enfant qui n’est pas le sien et en prendre soin devient un métier, cela demande un savoir-faire. Je m’en suis tout de suite rendu compte. Je collaborais avec quelques personnes ainsi qu’avec les nounous. J’essayais de leur inculquer cette formation et surtout de leur faire comprendre que le bébé est une personne. Il entend tout ce qu’on dit, il comprend tout ce qui se passe autour de lui et il faut vraiment le respecter et lui apporter tout ce dont il a besoin. J’ai rencontré par la suite une dame française, qui est devenue une grande amie, et qui partageait ma vision. Il s’agissait d’une professionnelle qui venait de prendre sa retraite. Nous avons cheminé ensemble et nous avons commencé à faire de la formation auprès des orphelinats du Burkina Faso. Par la suite, nous est venue l’idée de créer une association : nous avons mis en place ce qui est devenu l’UNOB, l’Union Nationale des Orphelinats du Burkina Faso. J’en suis aujourd’hui la présidente. Nous sommes devenus un cadre incontournable pour le ministère de l’action sociale. Nous voulions mettre nos actions en synergie, sauvegarder l’intérêt de l’enfant privé de protection familiale, et prendre soin du bébé. Aujourd’hui, à chaque fois qu’un sujet a trait à l’enfance en danger, nous sommes impliquées. Nous avons bien sûr les PMI (Centre de protection maternelle et Infantile) et les consultations prénatales et postnatales.

Aujourd’hui, une école de formation pour auxiliaires de la petite enfance est désormais en construction afin de prendre soin des enfants de 0 à 3 ans. Notre vision se résume à ce que les enfants ne souffrent pas dans les structures d’accueil. Nous aimerions tellement que tout le monde comprenne qu’il faut donner des soins individuels à chaque enfant pour parer au manque de parents. C’est vraiment le cri de notre cœur. Tout récemment, j’ai accueilli une toute petite fille. Née prématurément avec 1 kg 500, Hortense (Nom d’emprunt), retrouvée dans des latrines. C’est la directrice de l’action sociale qui nous l’a signalée et confiée. Aujourd’hui, elle se porte très bien.

Depuis que je m’occupe d’enfants orphelins de mère et/ou père, d’enfants trouvés, privés de milieu familial, je sais qu’ils ne réagissent pas tous de la même façon. Il faut qu’ils accusent le coup avant de se remettre en marche. Certains s’adaptent, mais d’autres mettent beaucoup plus de temps à accepter leur situation et à s’épanouir. Plusieurs réagissent avec leur corps : ils ne mangent pas ou développent une maladie.

Il faut savoir les entourer de façon particulière et leur parler avec attention, les rassurer, puis leur donner un projet de vie. Pour accompagner un enfant qui a vécu des évènements particulièrement difficiles, il faut lui dire ce qui se passe et lui témoigner beaucoup d’affection et de respect, de l’empathie. Il ne faut surtout pas s’habituer à la misère d’un enfant.

Ce récit vous a édifié ? A la relecture de ce livre « Parole aux femmes : au Nord comme au Sud, elles changent le monde », je me suis dite : ‘’ah, les vraies « influenceuses » ne sont pas si bruyantes, et sont tapis dans l’ombre de leurs œuvres. Elles sont si discrètes, silencieuses et travaillent efficacement. Contrairement à tout ce que nous voyons sur les réseaux sociaux de notre temps‘’. Ces femmes si modestes, mais travailleuses, épris de compassion, d’amour et de soutien pour les autres, n’ont pas toujours des pages Facebook, avec des multiples likes et abonnés, ni de posts à faire, parce qu’elles n’ont pas le temps pour cela…

Cela me fait réfléchir…Nous serons récompensés au ciel (Apocalypse 22:12) en tant que chrétien.es, à la hauteur de ce que nous aurons produits dans la vie des autres, car, Christ est venu pour servir l’humanité, et non pour être servi. Son obéissance à Dieu le Père, lui a valu d’être le nom élevé au-dessus de tous les autres noms (Philippiens 2:9)… Nous devons suivre son exemple: nous mettre au service de l’humanité🙏…

A très prochainement pour une nouvelle découverte. Prenez soin de votre vie, elle est précieuse❤️.

OLIDI

Crédit photo: https:https://web.facebook.com/AssociationInitialBBB/?_rdc=1&_rdr, https://emcitv.com/sel/texte/l-enfant-est-une-personne-28139.html , Page Facebook Association IBB.

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