L’Afrique est un continent composé d’une cinquantaine de pays, chacun diversifié de par leur histoire et culture. A l’intérieur de chaque pays, il y a plusieurs groupes ethniques[1] qui se distinguent les uns des autres. Ainsi, il y a des distinctions entre femmes instruites, semi-lettrées et analphabètes selon la distinction géographique villes/campagne.

Que peuvent avoir en commun toutes ces femmes d’origines et conditions si différentes ?

En dépit des diversités, les femmes africaines constituent à l’instar de toutes les autres femmes du monde, une catégorie sexuelle dominée dans les rapports qu’elle entretient avec le groupe sexuel masculin. A ce titre, il y a les modalités d’infériorisation dont est victime cette catégorie. Ces modalités sont parfois apparentes ou insidieuses, traditionnelles ou modernes.

Que veut signifie le terme « genre »?

Le terme français genre est la traduction du terme anglais « gender », qui vise à distinguer le sexe dans sa dimension biologique, d’avec toutes les constructions socioculturelles relatives à chaque société. Le statut de la femme dépend donc très souvent, de la diversité culturelle propre à chaque société. Dès lors, l’on pourrait se demander, quel type de droit serait à même de fournir des éléments de réponses, quant à la définition du statut juridique des femmes en Afrique. Autrement dit, quel statut juridique privilégier pour encadrer la situation de la femme africaine ?

Avant d’essayer de résoudre la problématique, il faut préciser que la plupart des sociétés africaines se trouvent sous l’empire de plusieurs droits[2] : le droit traditionnel[3], le droit étatique[4] et le droit universel[5] .

En dépit de cette diversité, le monde contemporain actuel, se veut voir les femmes de toutes les sociétés bénéficier des mêmes droits et protections. En effet, la femme est une catégorie soumise à un certain nombre d’inégalités en droits. Et cela à cause des préjugés non justifiés développés en sa défaveur selon une société donnée à une autre et en fonction des époques. De ce fait, la condition féminine a fait et continue de faire l’objet de controverses dans les sociétés tant modernes que traditionnelles. Le non-respect de son intégrité physique notamment les mutilations génitales féminines en sont une illustration parfaite.

Quelle est l’image véhiculée sur la femme ?

La femme est considérée comme la racine de tous les maux, elle est vue comme la plus coupable, celle à l’origine des malheurs du monde. Dans ce sens, un récit biblique de la Genèse fait naître la femme de la côte de l’homme et la désigne comme celle par qui le péché et la mort sont entrés dans le monde. Ensuite, dans le Coran (V), les hommes ont autorité sur les femmes, ils sont autorisés à les frapper, les admonester en cas d’indocilité.  De plus, elle est le plus souvent vue comme étant uniquement un instrument de reproduction, de procréation, une main d’oeuvre.

Même les étymologies du mot homme/ femme tendent à justifier son infériorité : le mot latin vir désignant le mâle, renvoyait à virtus c’est-à-dire force, tandis que la femelle désignée par mulier ou mollitia signifie mollesse, flexibilité. D’où « femme » est synonyme de faiblesse non seulement physique, mais aussi dans les autres domaines comme l’intelligence, la moralité, la raison.

D’autres préjugés tels que la sorcellerie, le lévirat, le mariage forcé, l’obligation qui leur est faite de faire preuve de ténacité et d’endurance dans les travaux ménagers[6] sont de raisons reléguées pour justifier la maltraitance des femmes.

La situation de la femme traditionnelle, dans ses rapports avec l’homme, lui est certes défavorable, mais, tant à être améliorer et continue de l’être dans les nouvelles formulations des textes juridiques élaborés de plus en plus en Afrique, en sa faveur. En témoigne, une loi spécifique adoptée au Burkina intitulée : loi n°61-2016 portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes. Cette loi tant à protéger celles-ci de toutes formes de violences physiques, économiques, culturelles, sexuelles, morales et psychologiques susceptibles de leur porter préjudice.

L’Etat burkinabè veille à prendre des mesures pour assurer aux populations une formation spécifique en matière de respect des droits et libertés fondamentales de la gente féminine dans le cadre de vie familial, scolaire, universitaire, professionnel, dans le but d’amoindrir, voir éradiquer complément les abus dont les femmes sont victimes. A ce titre, sont interdits[7] sous peine de sanctions civiles et pénales:

  • Les traitements inégalitaires des épouses dans le cadre de la polygamie, la répudiation ou les mauvais traitements infligés aux femmes stériles ou celles qui accouchent uniquement que des enfants de sexe non désirés par l’époux.
  • Tout acte de nature à dénigrer, porter atteinte à l’estime de la femme ou de la fille, à son droit à l’éducation.
  • L’atteinte aux droits de sa santé sexuelle notamment en les interdisant d’utiliser les méthodes contraceptives pour limiter le nombre de naissance dans le couple.
  • L’interdiction sans raisons fondées pour empêcher la femme de pratiquer une activité génératrice de revenus, associative ou politique.
  • Les violences physiques, verbales, sexuelles

La liste est non exhaustive, l’on pourrait en citer tant d’autres.

Pour répondre donc à la question de savoir quel statut juridique privilégier pour mieux organiser la situation de la femme africaine en général, et de celle burkinabè en particulier, l’on pourrait affirmer que celui-ci (le statut) doit être fondé sur une véritable protection de celle-ci tant sur le plan universel, traditionnel, social que personnel.

Justement c’est dans cette perspective qu’il a été plutôt pris en compte les valeurs inhérentes à la dignité et au respect de l’être humain, en délaissant les pratiques occultes traditionnelles injustes contre elles.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le Burkina, qui déclare qu’ aucune tradition ne saurait encore être un fondement pour justifier les maltraitances à l’egard non seulement de la femme mais aussi de la jeune fille (voir article 7 de la loi précitée).

Les femmes demeurent au même titre que les hommes, des êtres humains dotés de raison et devant être respectées en tout point de vue.

OLIDI

Bonne célébration de la femme en ce jour particulier !!! 

[1] Groupe Humain qui partage une même culture, en particulier la langue et les traditions (ensemble d’habitudes propres à un groupe social).

[2] Le Droit dans son sens général, c’est l’ensemble des règles générales et obligatoires posées et sanctionnées par l’autorité étatique, en vue d’organiser la vie en société.  Dans un second sens, il est l’ensembles des prérogatives reconnues à un individu et dont il peut s’en prévaloir pour demander sanction, lorsqu’elles sont violées. Notons que le droit étatique est inspiré en grande partie du droit français, au regard de la relation historique colonial qui lie l’Europe aux pays africains.

[3] Le droit traditionnel est spécifique à un groupe ethnique ou tribal déterminé. Il s’agit des usages et coutumes transmis de génération en génération, il est oral et non écrit.

[4] Le droit étatique est l’ensemble des règles et principes juridiques adoptés par un Etat donné. ces règles et principes s’appliquent à tous les citoyens quelque soit leur origine ethnique ou tribal. Ce droit est écrit

[5] C’est l’ensemble des décisions à valeur juridique, adoptées lors des rencontres internationales sur les questions féminines qui visent à protéger davantage la femme.

[6] Dans certaines sociétés traditionnelles, c’est à la femme que reviennent tous les ouvrages pénibles, quelques fois même elles remplacent leurs maris aux travaux de culture pendant que ceux-ci restent nonchalamment étendus dans leur case soit à causer, soit à surtout boire du dolo ce qui n’est pas la moindre cause de leur insensibilité et de leur paresse. 

[7] Voir l’article 13 de ladite loi

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