Dès l’arrivée à Ouagadougou, je m’empressais de me rendre à l’hôpital. Mon cœur battait la chamade. Je ne voulais pas le trouver dans un état insoutenable pour moi. « Il est peut-être juste alité, il ne va pas si mal, me disais-je. Hélas, il était couché souffrant, le regard terne, incapable de se lever correctement de lui-même du lit. Sa fiancée, à ses côtés, lui dit ceci « Mr Ouattara (appellation affectueuse), ta petite sœur est venue ». Ne sachant pas que j’étais déjà assise sur la chaise près de lui, il s’efforça de regarder vers la porte, appela tendrement par mon prénom, comme s’il m’attendait impatiemment ! Ce geste m’avait touché. Je le saluai, m’attendant à ce qu’il me demande les nouvelles de mon voyage, chose qu’il fait d’habitude, mais rien. Il m’a juste regardé, et s’est recouché, tremblant de maladie. Il parlait très peu, avait les yeux fermés, et les ouvrait que pour se soulager ou devait prendre ses produits. Je voulais juste crier, mais, je ne devais absolument pas couler de larmes devant lui. Sinon, cela le rendrait davantage mal au point. Par un sourire forcé je lui dis ceci : « tout va bien nous quitterons bientôt ces lieux, ne t’en fais pas ». Il secoua la tête, en signe d’approbation, et répondit : d’accord j’ai compris.

Je suis très reconnaissante à la fiancée de mon frère pour le soutien qu’elle a apporté. Elle passait ses nuits dans ce centre hospitalier, avec en plus, un des amis à mon frère, à qui je réitère toute ma gratitude pour son aide. Aussi, le service où travaillait mon frère envoyait chaque jour un garde malade pour rester auprès de lui. Ce qui faisait trois personnes à ses côtés. Donc, moi, je pouvais rentrer et passer la nuit à la maison. Ce fût l’une des premières nuits que je passai seule sans mon frère. Cette première fût longue, je trouvai le sommeil autour de 03h.

Le vendredi matin, il devait subir une ponction pulmonaire (opération par laquelle on évacue les liquides des poumons). Ce prélèvement est extrêmement douloureux, et nécessite un suivi postérieur exigeant. Courageux qu’il était, cela se déroula sans incidents. Après avoir fini de préparer pour eux, je le leur apportais. Il but ma soupe de pomme de terre. Son visage était mieux rayonnant, nous étions confiants et contents de cette légère amélioration. Vers 20h30, un guide religieux vint pour prier pour lui. Autour de 22h00, il me fallait reprendre le chemin du retour par prudence, car le trajet de l’hôpital dure 30 à 45 minutes sans embouteillages. Je l’informais, et lui promis de lui rapporter quelque chose le lendemain. Il m’a répondu la tête sous la couverture. Pendant que je rejoignais la porte, je sentais qu’il me regardait de dos, la tête hors de la couverture. Déjà au seuil de la porte, je me suis donc retournée, et lui ai demandé par un sourire : qu’est-ce qu’il y a ? pourquoi tu me regardes ? « Je t’aime », seule réponse qu’il m’a donnée ! Je renforçai ce sourire et lui répondis « je t’aime aussi, bye, à demain ». Il fit le même signe d’aurevoir de sa main droite. C’était nos adieux ! Sentait-il qu’il partirait au petit matin ? Question à laquelle je n’aurai jamais de réponses. En tout cas, je rentrai ce soir-là, toute contente, chantant même le long du trajet ! La confiance m’avait regagnée.

Appel matinal inoubliable
Samedi matin, 29 février, vers 07h45 mon téléphone sonna, c’était son ami. Je venais de finir ma routine quotidienne de travaux ménagers. Malgré la panique je décrochai. Avec un ton d’empressement, il me demanda de me rendre immédiatement à l’hôpital, car il avait urgemment besoin de moi. Apeurée, je lui demandai de me dire ce qui se passait. Il répéta les mêmes paroles, puis raccrocha.

Mon Dieu ! A cet instant, j’aurais tellement voulu me retrouver à l’hôpital comme par magie. Je ne savais plus quoi faire. Habillée en “catastrophe“, j’informai la voisine par courtoisie, et réempruntai le chemin de l’hôpital avec un tas de réflexions. Il est sans doute transféré au service des urgences pour réanimation…, peut-être il est entrain d’être transféré dans un autre service hospitalier, me disai-je. Je refusai toute pensée de décès. La route paraissait plus longue que d’habitude. A peine si je respectais scrupuleusement l’arrêt aux feux tricolores. La fraicheur matinale ne me préoccupait même pas.

Enfin, j’arrivai à l’hôpital, et me dirigea vers chambre d’hospitalisation. La peur au ventre, tremblotant, je marchai sans “sentir“ mes pieds. Après quelques minutes de marche, j’aperçu le garde malade et l’ami en question, arrêtés des papiers en main. Ensuite, j’aperçu sa fiancée, couverte d’un drap, un foulard attaché sur la tête, les affaires déposés devant la chambre. Ils m’évitaient du regard. J’avançai vers la porte ouverte de la chambre : les lumières y étaient éteintes, mon frère couché, complètement couvert de la tête aux pieds, immobile. Je fis quelques pas en arrière, je n’osais pas rentrer dans la chambre. Je compris, il était décédé ! Quel coup ! La mort venait de me l’arracher. Dans ce silence qui y régnait, seule ma voix entremêlée de soupirs et de pleurs résonnaient en ces lieux. Je criais son prénom désespérément. Son ami accourut pour m’attraper, le médecin sortit, et tous tentèrent de me consoler. Sa fiancée quant à elle, s’était évanouie au moins deux fois avant mon arrivée. Son ami me conduisit sous un arbre, sous les regards attristés et impuissants des gens.

Quelques minutes après, assise sous cet arbre, comme si, ma douleur n’était pas suffisante, les brancardiers transportant son corps pour la morgue, venaient de loin par ce chemin. Je recommençais à crier. La personne qui était à mes côtés, me trimballai rapidement pour m’épargner cette douloureuse scène. Bien qu’étant loin, j’entendais sonner dans mes oreilles le bruit aigu et fort des roulettes du brancards. Chaque pas qu’ils faisaient, augmentait ma douleur. Donc c’est vraiment vrai ! mon frère n’est plus, c’est lui qu’ils conduisent dans cet endroit isolé ! J’espérais tant qu’il bouge ! Je versais d’abondantes larmes. On nous conduisit à la maison.

Les nouvelles se répandirent très vite. Mon téléphone ne cessait de sonner. Mes ami(es), que je remercie encore, étaient déjà présent pour me soutenir. Tous les membres de la famille furent informés à Bobo-Dioulasso, à l’exception de mon père. Lui, déjà fragilisé par l’hémiplégie, devait être informé de la bonne façon et délicatement. Pour cela, ma mère dû effectuer deux allers-retours : d’abord samedi soir Bobo-Ouaga, puis dimanche soir Ouaga-Bobo, enfin elle revint à Ouaga lundi soir pour assister à l’enterrement prévu le Mardi 03 mars à Ouagadougou.

L’ultime séparation
Ce jour fatidique arriva. Vers 13h nous étions déjà prêts pour aller assister aux dernières cérémonies. C’était difficile ! Le voir couché habillé dans sa tenue de service, le drapeau national couvrant le cercueil, avec des fleurs funèbres, m’amena à réaliser qu’il ne se relèverai plus jamais. Après les sermons religieux et les honneurs, nous empruntâmes la route pour le cimetière. A ce moment, je n’ai pas pu me contenir. Malgré qu’on m’eût demandé de rester forte pour ma mère et mes nièces lorsque je m’étais effondrée après avoir regardé le corps, je pleurai à chaudes larmes. Je regardai la voiture qui le transportait, son ami et collègue de service tenant sa photo, je prononçai sans relâche son prénom. L’on partait pour l’accompagner dans sa dernière demeure. Parents, amis, collègues, connaissances, plusieurs étaient présents pour nous accompagner.

Un samedi 26 avril il naissait, un samedi 29 février il rendait l’âme. Il fut un frère pour moi, l’un de mes principaux admirateurs et défenseurs, ta personne nous a tous marqués, et nous te remercions pour ton apport dans nos vies. Nous retenons le meilleur de ta vie sur terre, et tirons toutes les leçons qu’elle nous enseigne. Adieu frangin ! Adieu Brice Eric ! Assurément, là-bas, tu souffres moins !

Suite des épreuves
Comme si la douleur du décès de mon frère n’était pas suffisante, cinq (05 mois) plus tard, mon père rendit l’âme le mardi 28 juillet. Quelle année ! Je vous passe les détails de cet épisode douloureux. L’occasion se présentera un jour ! Qui sais, peut-être dans un article en cours, pour lui rendre hommage ! Pour l’heure, je reviens à l’objectif de cet écrit. Le titre vous semblera peut-être inadéquat ou inopportun, mais comme dit au départ : « lorsque les vicissitudes de la vie nous dépouillent de toutes joies, s’arrêter et regarder en arrière, nous aide à tenir encore debout et à admirer les grâces obtenues dans le passé ». Ces longs récits étaient nécessaires.

En dépit de l’enchaînement de ces évènements tragiques, je tenais à faire une pause et être reconnaissante “pour Hier“. Oui de belles opportunités, j’en ai obtenu en 2019. Plus particulièrement, le 14 septembre 2019, nous (Noélie Kouraogo, présidente de l’Association organisatrice du concours de blogging Mys’TIC blog Awards, la lauréate du concours, et moi ayant reçu le prix Coup de cœur de l’association Mys’TIC), étions en partance à Paris. Voyage d’étude de 10 jours, rempli de défis, de stress, mais couronné de succès, d’expériences et belles rencontres.

La suite, vous la trouverez dans le chapitre II, très bientôt !

OLIDI

Crédit photo : pixabay et istockphoto

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